Trois ans à vélo en Afrique et en Asie, par Claude MARTHALER

Vu d’une selle, le monde s’agrandit et s’enrichit. Une démarche définitivement subjective et libre, ouverte au vent, à l’inverse de la vision réduite du petit écran. Une «affaire» de sens, loin du sens des affaires…
Le vélo, cette invention géniale qui contient son anagramme «love», est un véritable trait d’union entre les hommes, entre le ciel et la terre. Il permet, à chacun son rythme, de réaliser son voyage vers le réel ou le premier coup de pédale compte et le dernier coûte. Un long détour vers l’essentiel, car se mouvoir, c’est s’émouvoir. Comme l’a écrit le poète Seféri: «La première chose qu’à créée l’homme, c’est le voyage».
Partir en roue libre… Une folle idée qui enivre ou fait peur. Parcourir la terre à la sueur de son front est une prouesse saugrenue qui ne prend de sens que celui qu’on lui donne… Sans inspiration, pas de voyage. Tension et équilibre, tels sont les principes fondamentaux d’une bécane qui s’appliquent également au cycliste. Avec l’enthousiasme pour seul carburant, telle une dynamo, on se recharge en se dépensant: des paysages aux pays sages, des visages aux vies sages. Et, étrangement, au moment de partir, on mesure la lourdeur des choses accumulées au fil des ans. Pour se mouvoir il faut s’alléger. N’emporter que ce qu’on est capable de déplacer et y ajouter le plus lourd des bagages: soi-même. La vie et autres crevaisons.

date: 
Lundi, 22 novembre, 2010 - 00:00